La Naissance De La Grammaire Arabe
Publié le 6 janvier 2019
Si l’on devait se pencher sur l’histoire de la langue arabe et en comprendre sa structure, il serait alors impensable de faire l’impasse sur la connaissance d’une science qui en dicte les règles : la grammaire. En effet celle-ci occupe une place centrale dans la compréhension et la pratique d’une langue. Une petite rétrospective s'impose : retour sur les origines de la grammaire arabe avec vous.
Il était une fois la grammaire arabe
Explorer les origines de la grammaire arabe, c’est remonter le temps jusqu’aux compagnons du Prophète (Qu'Allah prie sur lui et le salue). As-Suyutî réunit les traditions concernant la formation de cette science à travers son recueil Al-Ahbar al-marwiyya fî sabab wad’ al-'arabiyya. Ainsi selon elles, c’est sous le califat de 'Alî que le célèbre tâbi’î Aboû-l-Aswad Ad-Dou’alî fut encouragé à se pencher sur l’étude grammaticale.
1. L'Arabe à l'Époque Antéislamique : Une Langue Innée et Intuitive
À l'origine, les tribus arabes ne possédaient pas de livres de grammaire ni de règles explicites. La maîtrise de la langue était purement intuitive et transmise naturellement de génération en génération (Al-Fitrah).
Les Arabes possédaient une éloquence naturelle remarquable : ils utilisaient instinctivement les voyelles finales correctes (Dammah, Fathah, Kasrah) pour distinguer le sujet du complément sans jamais avoir appris ce qu'était une fonction grammaticale.
2. L'Expansion de l'Islam et l’Apparition du Lahn
Après la mort du Prophète Muhammad (ﷺ), l'Empire islamique s'est rapidement étendu au-delà de la péninsule arabique, englobant des populations perses, syriaques, égyptiennes et berbères.
Cette mixité culturelle et linguistique sans précédent a progressivement altéré la pureté de la langue parlée. Des erreurs de prononciation et de vocalisation ont commencé à apparaître dans le langage quotidien, un phénomène appelé le Lahn (اللَّحْن / la faute de langage).
Ces erreurs linguistiques, au départ mineures, ont commencé à toucher la récitation même du Coran, risquant de modifier profondément le sens des versets sacrés. Face à ce danger, les grands compagnons et savants de l'époque ont compris qu'il devenait urgent de codifier la langue.
3. L'Initiative du calife 'Alî Ibn Abî Tâlib (رَضِيَ ٱللَّٰهُ عَنْهُ) et d'Aboû Al-Aswad Ad-Dou'alî
L'histoire attribue la fondation de la grammaire arabe au quatrième calife bien guidé, 'Alî Ibn Abî Tâlib (qu'Allah l'agrée), et à l'un des plus grands savants des Tābi'īn (la génération suivant les compagnons), Aboû Al-Aswad Ad-Dou'alî.
En effet, les fautes de langage se répandaient chez les nouveaux musulmans et cela impactait même le Saint Coran car ils ne savent pas reconnaitre l'erreur lorsqu'ils parlent ou récitent. La grammaire arabe a cette particularité du changement de terminaison selon la fonction du mot et sa place dans la phrase. On rapporte même que la propre fille d'Ad-Dou'alî commit une erreur fâcheuse de grammaire, ce qui montre l'influence de la fréquentation des enfants envers les enfants des nouveaux musulmans ne maitrisant pas l'arabe. Pour préserver les futures générations des erreurs de langage pouvant causer un mauvais sens ou un sens erroné, il convenait de leur enseigner ce qui était appliqué naturellement par les Arabes depuis des siècles. C'est là qu'Aboû Al Aswad Ad-Dou'alî va être le pionnier dans la codification des règles de grammaire.
Constatant aussi la multiplication de ces erreurs de langage chez les gens, 'Alî Ibn Abî Tâlib (qu'Allah l'agrée) traça les contours fondamentaux de la langue sur un bout de papier et établit la division tripartite du discours arabe :
Le Nom (Ism / اِسْم) : Ce qui désigne une personne, un objet, un lieu ou un concept.
Le Verbe (Fi'l / فِعْل) : Ce qui indique une action située dans le temps.
La Particule (Harf / حَرْف) : Ce qui n'a de sens complet qu'associé à d'autres mots.
Puis, il tendit ces notes à Aboû al-Aswad Ad-Dou'alî et lui donna l'ordre célèbre :
« OunHou hādhā an-nahw » (انْحُ هَذَا النَّحْو) — ce qui signifie : « Suis cette direction » ou « Poursuis dans ce sens ».
C'est de cette phrase emblématique qu'est né le mot An-Nahw (النَّحْو), qui désignera désormais la science de la grammaire arabe.
4. La Création du Système de Vocalisation (At-Tashkeel)
Aboû Al Aswad Ad-Dou'alî entreprit ensuite un travail monumental pour sécuriser la lecture du Coran pour les non-arabophones. Il inventa un premier système de points de couleur posés au-dessus, au-dessous ou à côté des lettres pour indiquer les voyelles courtes (Fatha, Kasra, Damma et Soukoûn).
Ce système primitif fut plus tard perfectionné par le célèbre linguiste Al-Khalil Ibn Ahmad Al-Farâhidî, qui créa les symboles diacritiques que nous utilisons encore aujourd'hui.
Ce qu'il faut retenir pour votre apprentissage
Comprendre la naissance de la grammaire arabe permet de changer de regard sur cette matière :
An-Nahw n'est pas une invention arbitraire : c’est la simple modélisation de la façon dont les Arabes éloquents s'exprimaient naturellement.
La grammaire est un outil au service du sens : chaque règle et chaque voyelle finale ont été rédigées pour préserver la clarté du message et éviter les ambiguïtés.
C'est une science accessible : bien abordée, la grammaire arabe s’appuie sur une structure logique et cohérente qui simplifie l'apprentissage au lieu de le complexifier.
En étudiant la grammaire arabe, vous ne vous contentez pas d'apprendre des règles : vous marchez dans les pas d'une tradition séculaire destinée à préserver la plus noble des langues.
Sîbawayh : une référence incontestable en grammaire arabe
Par ailleurs deux centres d'études grammaticales virent le jour à Basra et Kuffa. Le Kitâb de Sîbawayh fut le résultat d’un long travail d’une génération entière et regroupa l’essentiel de la grammaire. Ce fut un travail de longue haleine nécessitant l’observation de la langue des bédouins, l’étude de la qasida, du Coran, des proverbes et récits divers.
Un héritage qui se perpétue
Sibawayh cite dans son Kitab Abd Allah bn Abi Ishaq (mort en 117) qui ne pourrait être autre que le plus ancien grammairien. Ainsi, les premiers grammairiens à Basra sont : Isa bn Umar al-Taqafi (m. 149), Al Halil (m.175), Sîbawayh (m.177), Yunus bn Habib (m.182). Le véritable et seul grammairien à Kuffa fut Al-Farra' (m. 207). Les grammairiens qui suivirent s’inspirèrent du travail de leurs prédécesseurs et firent rayonner leurs œuvres bien plus encore.
Une science linguistique qui occupe désormais une place centrale dans l’apprentissage de la langue arabe. Langue que l’on aime à vous transmettre dans notre institut !
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